Ne cherchez pas de fil conducteur aux cents petites histoires qui composent ce panorama vivant et coloré, cet album est davantage qu'une suite de récits mis en images : c'est un carton à dessins où se glisse, entre une planche parue dans la presse et une affiche de festival, une réflexion plus profonde qu'il n'y paraît.
Plus que jamais, Batti se fait contrebandier, à la faveur d'un simple dessin, il traverse clandestinement la frontière de nos certitudes et nous fait toucher du regard ce que nous ne voyons pas toujours. Faites en l'expérience. Au détour d'un croquis, arrêtez-vous sur les détails, ces attitudes si familières, ces expressions mille fois entendues. Ce miroir qui Batti nous tend n'évoque pas seulement de drôles de saynètes. Il saisit aussi nos faiblesses et nos colères. Face au préjugé, au lieu commun, à la banalité, face à nous-mêmes et à l'image que nous renvoyons aux autres. Parcourir les planches de Batti est un exercice salutaire, qui élargit notre horizon insulaire. Dans ces pages, voyez encore la multitude des navires qui voguent sur une mer d'encre. Il nous invitent à percevoir l'universel derrière le particulier, à nous embarquer pour un lointain voyage vers la Découverte de l'Autre. A mieux revenir sur nos rivages, aussi. A goûter un quotidien qui ne laisse parfois que peu d'espoir dans l'espoir. Et donner un corps à ces dessins qui disent si bien ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous essayons de rester.
En 2000, craignant le bogue qui n'eut finalement pas lieu, il nous aidait à "franchir le millénaire". Cette fois, il revient avec une chronique drôle, tendre, parfois féroce de cette "île aux paradoxes" que son oeil exercé sait mieux saisir que quiconque.
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